
| Bâtisseurs du lendemain Un extrait : Une affaire de "poule"
assis dans la salle à manger de la villa familiale sise à Fort- Princier, l’immense quartier principal de “la ville”, un État ima- ginaire de la Caraïbe qui, tout comme sa voisine Haïti, 'célèbre’ le bicentenaire de son indépendance. En attendant l’après-midi où il doit se rendre à un événement important, Maurice écoute les nouvelles qu’égrène sans répit un poste radio placé près de lui sur la table. Entre dépêches et publicités, il laisse son esprit se perdre dans le souvenir. Le morceau ci-après, qui débute et le Deuxième Mouvement (Rémi- niscences) et le chapitre 3, réunit pour la première fois Maurice et ses amis Jean-Jacques Brodais et Henri Tarpon –-l’avocat, l’en- seignant et le banquier. Trois amis inséparables –-les cavaliers polka–- dont l’action et la pensée se situent au cœur du roman, en modulent les cinq mouvements et aident à comprendre la trame de la vie dans cette “ville” qu’oppresse le Prophète depuis une cinquan- taine d’années par le biais de deux régimes qui se sont succédé dans la deuxième moitié du vingtième siècle : l’un, la ‘première manière’ trentenaire, s’étendit de la fin des années 1950 jusqu’au milieu de la décennie 1980 ; l’autre, la ‘deuxième manière’ mi- trentenaire, lancée au seuil des années 1990, se poursuit encore au moment où se déroule l’action. Dumalia et Chipoul sont des voisins assez pauvres des Gervais- Papey ; Man Lalie et Calixte forment le personnel de maison des Gervais-Papey ; Castro, Jean-Jean et Mòy sont les surnoms donnés dans le milieu à Henri, Jean-Jacques et Maurice.
soir dans la cour de la villa Gervais-Papey. Ces instants-là, ils causent et débattent -—conversations à bâtons rompus !—- sous un arbre qui, pour eux, a valeur de symbole. C’est un manguier de la variété fransik. Il fut planté à la naissance de Maurice, quelque trois décennies et demie auparavant, par un grand-oncle de sa mère qui s’exécuta en appliquant une coutume ancienne du monde paysan de la ville. Maurice vit le jour dans de poignantes circonstances -—on y arrive. Le grand-oncle en question avait créé l’exception de laisser son habitation de la banlieue agricole pour se retrouver à Fort-Princier pour la dramatique occasion. Il devait accueillir personnellement le nouveau-né, affirma-t-il. Patriarche vivant sur les terres où plongent les racines bicen- tenaires de la famille de Solange Gervais-Papey, il voulait aussi être au chevet de sa petite-nièce bien aimée dont la vie, à l’heu- re de l’accouchement, était menacée au propre comme au figuré. Quand, par la grâce de Dieu, l’enfant finit par venir au monde, le vieillard exigea qu’on lui en remît le cordon ombilical. Il le fit sécher pendant quelques jours, puis le mit en terre dans la cour de la villa en plaçant un noyau de mango fransik dessus. Il décré- ta : mon arrière-petit-neveu devra prendre soin lui-même de l’ar- bre qui en sortira une fois qu’il sera en mesure de le faire, à partir de l’âge de deux ans environ. Ce sera son arbre ! Et il s’en retourna chez lui. Chose ordonnée, chose faite. Solange Gervais-Papey inculqua à son fils le culte de son manguier ; elle le fit l’arroser tous les matins dès sa plus tendre enfance. Bien vite, Maurice entreprit d’effectuer la tâche quotidienne de son propre mouvement, sans in- jonction maternelle. Le rituel d’aspersion se fit une seconde natu- re pour lui. Des années plus tard, l’arbre, devenu grand, commença à produire des fruits si gros, si juteux, si savoureux, et en tel- le quantité, et jusqu’à ce jour, que chaque année à la saison des mangues il n’y en a jamais assez pour les parents, amis et voisins demandeurs. La sœur Dumalia en raffole ! Chipoul aussi. Et ils s’y connaissent en mango ces deux-là ; ils jurent que nulle part sur la terre des ancêtres il n’existe des mangues aussi volumineuses, aussi sucrées, à la texture aussi soyeuse, et qui exigent que vous fassiez autant attention quand vous les dégustez afin que votre vê- tement ne soit imbibé par l’épais jus qui en coule avec l’abondan- ce d’un énorme robinet hors de contrôle -—bon, pas un de ces robi- nets dont l’eau est dotée du point disparaître (1), ces robinets alimentés par le SALE, le Service Autonome de Livraison d’Eau. Tout cet engouement amuse l’avocat qui laisse à sa mère, active- ment secondée par Man Lalie et Calixte, la tête des opérations an- nuelles de distribution -—il en évite du coup le casse-tête. Mauri- ce n’a que deux exigences : Calixte doit d’abord remplir un grand sac en toile de fruits à ras bord que l’homme de loi délivre per- sonnellement à un foyer de bienfaisance qui accueille des resta- vèk (2) échappés de leur géhenne domestique ; puis, préparer trois lots importants que Maurice offre à Jean-Jacques et Henri, et à Marguerite, son amante. Il y a des années, avant que le patriarche qui planta l’arbre ne mourût, Maurice, accompagné de sa mère, se faisait un devoir de lui rendre visite tous les ans : il en profi- tait pour lui en apporter un panier rempli ainsi que d’autres provisions. Pour les cavaliers polka, le manguier est l’arbre, notre ar- bre. Et c’est sous la magnifique voûte de feuillage de ce végétal spécial que Maurice accueille ses deux amis de temps en temps pour de vespérales séances d’échanges d’idées. Ces entretiens, et aus- si d’autres tenus soit dans la salle à manger, soit chez Jean- Jacques ou Henri, s’épanouissent souvent en de roboratives dis- cussions, d’édifiants exercices où l’esprit s’en donne à cœur joie et où le sens d’analyse a beau jeu de se pencher sur tout, sur- tout des questions d’intérêt national. L’humour aussi, épicé des fois... Il y a trois semaines, se rappelle l’avocat pendant que de la radio tombent des publicités, Jean-Jacques et Henri bavardaient avec lui, “sous l’arbre”. Installés dans des dodines, ils se ba- lançaient d’avant en arrière en dégustant des morceaux de canne à sucre épluchée. Une douce brise leur effleurait le visage. Sujets légers, esprits détendus, causerie agréable. Du ciel tombait une lumière adamantine timide. Un crépuscule superbe, douillet, soirée de décours où la Lune, câline, exprimait comme une caresse son hé- sitation à éclairer la Terre. Brusquement, Henri annonça avec enthousiasme : - Messieurs, j’ai un zen pour vous ! - Hé ! une histoire drôle : vas-y, accouche ! lança Jean-Jacques. - Un peu de rire nous fera le plus grand bien, renchérit Maurice. Alors c’est quoi, ce zen ?
porta à tour de rôle sur des questions d’intérêt communautaire. Les observations et opinions tombaient dru quand Calixte, le ‘garçon de cour’, vint annoncer la visite de Alcofribas Petit- Couloute, “un politicien remuant, un illustre théoricien des orien- tations à imposer à l’âme collective. C’est un esprit obstiné qui voue à la langue créole une vénération telle qu’il partit en croi- sade pour inciter les jeunes à en faire, à l’instar de lui-même, leur outil exclusif d’intervention en public. Il est l’un de ces despotes en herbe qui se donnèrent pour mission de décapiter le français et d’épouvanter les tempéraments mous en en déclarant l’usage criminel.” Maurice demanda de faire entrer Petit-Couloute, qui s’immisça immédiatement dans l’entretien de ses hôtes. Cela donna lieu à une joute oratoire où se précisa davantage la peinture des trois amis alors que se révélaient des traits et conceptions du visiteur, le- quel traita Man Lalie de “frenchie” et l’accusa de “rejeter honteu- sement ses origines” parce qu’elle parlait français. Finalement, Petit-Couloute prit congé, non sans avoir satisfait le but de sa visite : il emprunta de Maurice un livre qu’il s’engagea à rappor- ter la semaine prochaine, “au plus tard”. Cependant, le politicien ne tint pas sa promesse :
Maurice décida de se rendre chez lui pour récupérer son bien.
série de faits révélateurs du gouffre séparant souvent, chez les politiciens et les grands penseurs sonores de la ville, la parole et l’acte. Des contrastes caravagesques qui le laissèrent en balan- ce entre courroux et dégoût. D’abord, les enfants Petit-Couloute étaient interdits de créo- le. Leur père exigeait d’eux qu’ils s’expriment seulement en fran- çais, du moins en son auguste présence. ...
amis, Maurice leur fit part de ses troublantes trouvailles ainsi que de sa confusion révoltée. Ce fin connaisseur des choses et des gens de la ville qu’est Henri, taquin incorrigible aussi, n’en fut pas trop surpris. Jean-Jacques, lui, en fut effaré : - Ainsi l’homme traite les gens de frenchie alors qu’il parle et fait parler français chez lui ? Je comprends maintenant qu’il n’ait pu rien dire l’autre jour pour justifier sa haine apparente envers ladite langue. Il n’a aucun mobile ! - Erreur, messieurs, erreur ! Il en a un !! - Quoi donc ? lancèrent dans un ensemble parfait Jean-Jacques et Maurice. - La méchanceté messieurs, je vous le redis !! Les numéros comme lui haïssent la ville. Ou plutôt, ils prétendent l’aimer mais ils en détestent la plupart des citoyens. Vu l’impossibilité logique d’une telle dichotomie affective, il ne reste qu’une explication : ces gens-là sont atteints de dissociation générée par leur haine et leurs complexes. Ils sont fous ! Il leur faut un secours psy- chiatrique urgent ! Jean-Jacques approuva : - Méchanceté outrée qui fait que le politicien agitateur et bluf- feur monte la tête du peuple contre le capitalisme devenu péché mortel, contre l’hyperpuissance à la bannière étoilée alors qu’il s’assure de garder lui-même les meilleures relations avec son am- bassade pour, à tout moment, se garantir un visa. Ou encore, bon- heur suprême, le permis de séjour permanent, la fameuse green card pour l’obtention de laquelle il est prêt à se faire tapis au sol, à se casser un bras ou une jambe, à se crever un œil ou à vendre l’âme de sa mère au diable -—à y ajouter l’âme de son père, s’il le faut—- et à se faire fossoyeur de patrie, aussi. Bref, à verser dans tous les errements. - Mes amis, précisa Henri, en l’espèce, il y a bien plus à décou- vrir concernant les agitations d’Alcofribas Petit-Couloute. - Quoi encore ?! - Mòy, tu n’ignores pas combien ce nèg save (3) est fier de sa peau d’ébène et mesure tout à l’aune de sa couleur noire, du moins pour la galerie ? qu’il est xénophobe sur les bords et au tout mi- lieu ? qu’il contribua à brouiller le peuple avec la hantise de ce qu’il appelle l’impérialisme ? - Oui. Il ne fait que suivre l’exemple du Prophète, à la première manière autoproclamée noiriste (4) et à la deuxième manière qui ex- ploita l’anti-impérialisme pour triompher. Et alors ? - Quand tu te trouvais chez lui, n’as-tu pas remarqué que ses chers enfants sont des mulâtres à la pigmentation de peau aussi claire que celle de leur bruyant et remuant géniteur est pronon- cée ? - En effet. Encore comme le Prophète, dont les enfants sont de teint clair et les petits-enfants, mulâtres tirant sur le blanc. - Parfait ! Encore un noiriste bluffeur. Eh bien messieurs, l’épou- se légitime d’Alcofribas Petit-Couloute est une blonde avérée, tout oblongue, c’est-à-dire plus longue que large, maigre malgré une fringale quasi-permanente. - Ah ! fit Jean-Jacques. L’an dernier, pendant les fêtes de fin d’année, je l’ai vu avec une dame qui répond au profil. Ce cher Alcofribas Petit-Couloute... Il n’a pas de pareil ! Un animal pra- tique, un intelligent. Si l’absence de scrupules et l’impudence donnaient la vie éternelle, un élément de cette espèce ne mourrait jamais. Critiquer l’étranger à longueur de journée, le rendre res- ponsable de tous nos maux, porter les concitoyens à s’égarer dans une haine totale du blanc, et puis n’imaginer rien de mieux que de s’aboucher soi-même avec le blanc et d’épouser une blanche, il fal- lait le faire ! - C’est pour l’amour, sans doute, suggéra Maurice. Un amour dont les enfants du peuple peuvent se passer, bien sûr. - Voilà, reprit Henri, vous savez maintenant, mes amis. L’épouse s’appelle Gayl Raitzen. Une géante à lui boire la soupe sur la tête, que pour embrasser il doit sans doute grimper, littérale- ment. Une aryenne peintelée (5), munie de trois fausses dents à la teinte différente de celle du reste de sa denture. Une garce guin- dée au tempérament de cochon, originaire de la nation blanche d’ou- tre-mer la plus grande et la plus riche. Un paradis qu’elle refuse de laisser pour rejoindre son illustre mari ici parce que, selon ses propres dires, elle ne peut pas supporter certaines de nos mœurs barbares. - Ah ! fit Jean-Jacques. Quel était son problème ? - Bon, répondit Henri, la gonzesse, qui fut une cliente de la ban- que, trouva notre bonne ville trop ténébreuse et trop sale, et au propre et au figuré. Elle m’expliqua un jour, en détail et la bou- che en cœur, qu’elle avait notre “inhumanité envers les animaux” en horreur. - Ki bagay saa Castro ? (6) insista Jean-Jacques. - Pendant les quelques mois où elle consentit le sacrifice de vi- vre sous notre ciel tropical avec son mari, elle se lamentait tout le temps au sujet de toutes sortes de désagréments. Rien de ce qui nous caractérise ne l’intéressait. À part le sieur Petit-Couloute, peut-être. Dans cette ville à la misère sans bornes, il n’y avait pas plus infortunée que la privilégiée qu’elle était. - Une drôle de poule ! - Si fait, Mòy, acquiesça Henri, tu ne crois pas si bien dire. El- le gaspillait son énergie à inventer ou à exagérer les malheurs supposés qui ternissaient sa félicité, afin de les déplorer par la suite. L’un de ses problèmes, et pas le moindre, concernait le traumatisme infligé à sa nature raffinée par le spectacle offert sans complexe aucun par son garçon de cour quand celui-ci égor- geait poulets, dindons, canards et pintades pour que la bonne ap- prêtât les mets dont raffolait missiz Alcofribas. À chaque fois que lui parvenaient les hurlements d’agonie des bêtes que, imper- turbable, preste et férroce, le gaillard passait à l’infinitif au moyen d’un énorme coutelas, elle piquait une crise de nerfs, pro- clamant avec hystérie que dans sa contrée d’origine l’on n’eût jamais, au grand jamais, assisté à parreille sauvagerrie, et que, avant de consacrrer in animal à l’abattoi’, on lui prrénait lé pouls. - Voilà du bon français petit yankee pour vous messieurs ! s’écria Jean-Jacques. - Non ! renchérit Maurice. Consacrer même ? Lui prendre le pouls ?! Oh-oh... Donc, avec tant de simagrées, on ne tue pas les bêtes chez elle ? On ne mange pas de viande dans sa patrie... civilisée ? - Attends le reste, rétorqua Henri. C’était précisément le dilemme qui tracassait les employés de maison. D’abord amusés par l’hypo- crisie de cette carnivore invétérée, ces compatriotes perplexes commencèrent par ne pas s’occuper de son verbiage franco-anglais dont le plus clair de la teneur leur échappait. L’affaire ne se gâta que lorsque la cuisinière trouva un jour que sa patronne se faisait du sang pour rien et faisait trop de bruit dans sa tête. Bon, c’était un jour où l’employée elle-même n’était pas dans son sang (7). Elle exprima son exaspération en suggérant à notre étran- gère sidérée de s’habituer enfin !! aux habitudes de boucherie du milieu vu qu’il n’y avait pas moyen de lui accommoder les creole chicken et autres plats de volaille qu’elle ne cessait de réclamer sans étriper les oiseaux pourvoyeurs de la matière première desdits délices. Elle alla jusqu’à reprocher à son employeuse de lui donner la chair de poule, de lui taper sur les nerfs avec son caquetage. - Compliments pour elle ! - D’accord Jean-Jean, mais la remarque scandalisa missiz Alcofri- bas. Elle trouva le raisonnement gross et immpeurtinentt. Elle était peut-être une poule mouillée mais elle n’allait pas permet- tre qu’une poule des bois (8) vienne lui faire la leçon dans sa calorge (9). Elle se fâcha tout rouge, devint encore plus rouge que d’ordinaire, vit la même couleur et se plaignit de l’incident auprès de son époux. Celui-ci renvoya l’impertinente -—espèce de fréquente !—- et avertit solennellement le garçon de cour d’avoir à mourir sa poule (10). - Ah bon ? gloussa Jean-Jacques. - Oui m’sieur ! poursuivit Henri. Petit-Couloute invectiva et gi- fla en passant sa restavèk, une fille de seize ans que des abus répétés ont rendue hébétée. Il l’accusa de n’avoir rien fait pour convaincre la bonne révoquée, sa protectrice et sa pareille, de respecter la maîtresse de maison. - Oh ! s’écria Maurice. Ça m’a tout l’air d’être la Matul que j’ai vue chez le bonhomme. - Possible. Le couple prit une autre bonne. Deux jours ne s’é- taient pas passés que celle-ci entreprit, sous le chaud soleil de midi, d’égorger elle-même le coq du dîner. Dans son dévouement de ne pas attendre le retour du garçon de cour parti en commission, l’innocente, tête de linotte sur les bords -—cervelle de poule—- crut bien faire. Véritable immolation à l’appétit de la dame Petit- Couloute ! Mais l’inexpérience de la bonne transforma l’affaire en scène d’horreur. Vous savez bien, messieurs, que nos compatriotes ne décapitent pas les volailles. Ils leur infligent plutôt une mort lente en leur tranchant la gorge à demi, si l’on peut dire, afin qu’elles perdent tout leur sang avant de mourir. En un mot, nous les saignons ! En attendant que le trépas vienne délivrer ces sacrifiées à plumes, elles sont prises de convulsions frénétiques que l’exécuteur maîtrise en leur immobilisant les ailes fermement d’une main, parfois des deux. Maurice souligna : - Je suppose que, ce jour-là, l’oiseau mal écorché, encore plein de vigueur, s’agita tant qu’il s’échappa des mains de la nouvelle bonne ? - Tu as trouvé ! confirma Henri. Il s’adonna aux plus pathétiques ébats à travers la cour. Il termina ses violents spasmes sur la galerie, aux pieds d’une Gayl installée devant un bol de “chicken soup” et devant la télévision à regarder “All my children”. Le pau- vre poulet y rendit et l’âme et les dernières gouttes de ce sang dont il venait d’asperger les murs situés sur son parcours. - Amwe ! Au secours ! s’esclaffèrent Jean-Jacques et Maurice, en levant les bras au ciel. Imperturbable, Henri poursuivit : - Madame Petit-Couloute poussa un cri d’une telle vigueur que les voisins en furent ameutés. Elle piqua sa petite crise habituelle de civilisée inconséquente, avec une force décuplée. La nouvelle employée crut sa patronne atteinte de folie. Elle abandonna son poste séante tenante comme on prend la fuite face au plus grand danger. En s’en allant, elle confirma pour ces voisins rassemblés devant la barrière de la villa Petit-Couloute le sentiment que la servante précédente n’avait pas manqué de rendre public alentour : missiz Alcofribas “était comme une poule qui a trouvé un couteau ; elle était sortie de l’endroit d’où elle était sortie de l’autre côté de la mer pour venir chez nous |